Lors de la 44e session de l’Assemblée des Français de l’Étranger, organisée à Paris du 2 au 6 mars 2026, la commission des Affaires sociales, du Monde combattant, de l’Emploi et de la Formation a inscrit la question des retraites des Français·es de l’étranger parmi ses thèmes de travail. Ce sujet figurait à l’ordre du jour de la commission, aux côtés du budget des affaires sociales, de la MGEN, du monde combattant et de la création d’une délégation aux droits des femmes. Le dossier retraite était suivi par les rapporteurs Benoit Marin-Cudraz et Denis Glock.
Dans ce cadre, la commission a consacré deux auditions au sujet des retraites des Français·es de l’étranger, avant d’adopter une résolution spécifique consacrée aux inégalités de traitement des carrières internationales. Ces auditions ont permis à la fois de faire le point sur les outils et les évolutions administratives, mais aussi de mettre en évidence plusieurs difficultés structurelles rencontrées par les Français ayant travaillé dans plusieurs pays.
Première audition : les services retraite et la modernisation des démarches
La première audition était consacrée au GIP Union Retraite, l’organisme public qui coordonne les différents régimes de retraite français et gère notamment le portail info-retraite.
Cette audition avait surtout pour objectif de présenter les évolutions en cours pour faciliter les démarches des assuré·es, notamment ceux vivant à l’étranger. Il a été rappelé qu’environ 1,37 million de retraité·es français·es résident hors de France, ce qui explique l’importance croissante des services à distance et des outils numériques.
Contrôle d’existence des retraité·es à l’étranger
Une partie importante des échanges a porté sur le contrôle d’existence, c’est-à-dire la procédure permettant de vérifier que les retraité·es vivant à l’étranger sont toujours en vie pour continuer à percevoir leur pension. Plusieurs évolutions ont été présentées :
- la mutualisation du certificat de vie depuis 2019 ;
- la possibilité de vérification automatique avec certains pays ;
- le développement d’une application biométrique ;
- un objectif à terme : faire de la biométrie la procédure principale d’ici 2028.
Ces évolutions visent à simplifier les démarches, mais des points de vigilance ont été soulevés. La fracture numérique a été clairement identifiée, notamment pour les retraité·es qui ne sont pas toujours à l’aise avec les technologies numériques. Des difficultés techniques ont aussi été mentionnées, qu’il s’agisse des téléphones eux-mêmes ou de l’accès à internet. Enfin, la nécessité d’un accompagnement de proximité est revenue comme un point fort des échanges : la commission mentionne explicitement le rôle possible des consulats et des permanences d’élus pour aider les usagers confrontés à ces nouvelles procédures.
Enjeux spécifiques pour les Français·es de l’étranger
La première audition a également abordé des enjeux plus larges, directement liés à la situation particulière des Français·es ayant eu une carrière internationale. Parmi les éléments relevés figure d’abord l’accès simplifié aux services retraite sans FranceConnect, grâce à un nouveau dispositif. Mais c’est surtout la question de la qualité de l’information fournie aux assuré·es qui ressort. En effet, les estimations de retraite sont souvent inexactes lorsque la carrière s’est déroulée dans plusieurs pays. Pour des personnes ayant cotisé successivement, ou simultanément, dans différents systèmes, cela signifie que les projections disponibles peuvent être incomplètes, trompeuses ou difficilement exploitables.
Des évolutions sont néanmoins en cours. La commission mentionne une amélioration attendue de l’information et des simulateurs. Elle évoque aussi le projet européen European Tracking Services, présenté comme un portail susceptible de faciliter l’accès aux droits à retraite dans plusieurs pays à partir d’un point d’entrée unique.
Globalement, cette première audition était donc assez orientée vers les outils, la modernisation des services et la simplification des démarches.
Deuxième audition : les difficultés concrètes des carrières internationales
La seconde audition, avec la CNAV et le CLEISS, a pris une tournure différente. Elle a davantage porté sur les problèmes rencontrés par les Français·es de l’étranger dans le calcul et la liquidation de leur retraite. C’est sans doute le point central de ces auditions.
Trois grands sujets ont structuré les échanges :
- le calcul des pensions pour les carrières internationales ;
- les délais de liquidation des retraites ;
- l’accès à l’information pour les expatriés.
Un point essentiel a été rappelé : la retraite française est calculée sur les 25 meilleures années, avec des règles spécifiques lorsque la carrière s’est déroulée dans plusieurs pays. Or, dans certaines situations, ces règles peuvent entraîner une pénalisation importante de la pension pour les personnes ayant eu une carrière internationale.
Elle souligne aussi qu’un grand nombre d’expatriés découvrent ces effets tardivement, au moment de la liquidation de leur retraite. Ce constat est particulièrement fort, parce qu’il montre que le problème n’est pas seulement financier : il est aussi informationnel. Beaucoup d’assuré·es ne comprennent pas suffisamment tôt les conséquences de leur parcours international sur leurs droits futurs.
Parmi les difficultés signalées par les assuré·es et présentées lors des auditions, plusieurs points reviennent régulièrement :
- des règles de calcul difficiles à comprendre ;
- un accès compliqué aux services administratifs ;
- une information dispersée.
La commission ne s’en tient pas à une critique abstraite du système. Elle met en évidence une accumulation de freins très concrets, renforcés par des délais d’instruction qui peuvent devenir pénalisants pour les personnes concernées.
Face à ces constats, la commission a insisté sur la nécessité de renforcer l’information et la pédagogie à destination des Français·es de l’étranger, et a notamment évoqué la création d’un guide de la protection sociale des Français·es de l’étranger.
Conclusion des auditions
Ces auditions n’ont pas seulement permis de faire le point sur des outils comme info-retraite, le certificat de vie mutualisé ou la biométrie. Elles ont surtout mis en lumière un décalage persistant entre le cadre théorique de coordination internationale et la réalité vécue par beaucoup de Français·es de l’étranger.
Derrière les sujets techniques, c’est une question très concrète qui a traversé les échanges : comment faire en sorte qu’une carrière menée entre plusieurs pays ne se traduise pas, au moment de la retraite, par moins de droits, plus d’opacité et davantage d’obstacles administratifs. C’est précisément à cette question que la commission a voulu donner une traduction politique à travers la résolution qui a été déposée lors de la 44e session de l’Assemblée des Français de l’Étranger.

